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lundi 1er
juillet 2002, par Joëlle |
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même rubrique : |
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Vous avez
du mal à vous rétablir de la défaite des Bleus, vous déplorez la violence qui
règne dans les stades, vous attendez que vos pompes matinales portent enfin
leurs fruits et que votre corps soit semblable à celui d’Indurain ou des
sœurs Williams, vous voudriez tout simplement que le sport vous fasse rêver
comme quand vous étiez enfant... Le sport contre les peuples est fait
pour vous, pour vous consoler. Robert Redeker, membre du comité de rédaction
de la revue Les Temps modernes et collaborateur de nos grands quotidiens
nationaux nous offre un regard incisif sur ce nouvel objet philosophique, sur
cet incontournable fait de société qui phagocyte même notre langage et nos
structures mentales. Il décille nos yeux et nous montre à quel point, en se
planétarisant à une époque de fin du politique, le sport a véritablement
muté. Toute
magie s’est envolée ; les valeurs traditionnelles du sport qu’étaient la
camaraderie, la fraternité, la convivialité, la franchise, l’épanouissement
du corps dans une saine émulation ont à présent disparu pour laisser place à
des valeurs mercantilo-compétitives formant des meutes de supporters, meutes
où disparaissent les citoyens, où disparaît l’âme pour laisser place au mental
conçu comme un muscle tendu vers la victoire, où aucune faille, si humaine et
si créatrice soit-elle, ne doit s’immiscer. L’athlète contemporain n’est plus
un homme ou une femme s’approchant de la perfection comme sous
l’Antiquité ; il est devenu un individu qui transgresse les limites du
genre humain et pour qui le dopage est devenu essentiel pour que la
transgression ne s’arrête jamais. Il est en voie de devenir un HGM, un humain
génétiquement modifié. Le sport, comparable à une nouvelle religion par ses
rites, ses gestes, ses cycles, sa volonté de faire des exemples pour masquer
ce qui pourrait porter atteinte à la pureté de ses grands prêtres - qu’on
pense aux coureurs cyclistes ! - tient aussi d’une véritable illusion
politique, en particulier dans le cas du football qui est apparu depuis la
victoire de la France black-blanc-beur en 1998 comme une solution miracle aux
graves problèmes qui déchirent la plupart des banlieues. Nouveau narcotique
social, le football a réussi à occulter l’absence de politique républicaine
par l’illusion du star-système et critiquer ce sport risque de vous exposer à
des regards réprobateurs des bonnes consciences convaincues que ce sport est
porteur d’une chance et d’un remède pour les minorités défavorisées. Dans cet
ouvrage philosophique essentiel en cette année sportive - mais quelle année
ne l’est plus à présent ? - Robert Redeker sème des graines dans nos
esprits [1]
. Espérons que ce livre relativement facile d’accès permettra qu’elles
germent, se développent et croissent dans nos esprits pour nous rendre notre
âme et pour redonner la sienne au sport. Robert
Redeker, Le sport contre les peuples, Berg International, 2002, 123 p. [1] Variante journalistique : "
Il faut souhaiter qu’il ne soit pas trop tard et que ces graines puissent
trouver une faille dans la défense pour marquer un but dans le mental d’acier
de nos contemporains trop souvent sur la touche de notre société
" :-( |
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