Le verbe "dépendre" renvoie à la distinction entre les choses qui sont en notre pouvoir et celles qui ne le sont pas.Deux sortes de bonheur se présentent à l'esprit:celui d'avoir et celui d'être.
Avoir necessite autre chose que ce qui est spontanement donné par la vie, être se suffit à soi-même. Avoir richesse, amis, santé sont des choses qui ne dépendent que partiellement de nous. Le hasard et la volonté d'autrui y prennent une grande part, au détriment de notre liberté. Placer son bonheur dans l'avoir (argent, propriétés) ou dans le paraître (célébrité, mode, beauté) est une illusion conduisant à la déception,entrainant la victoire de l'amertume. C'est un bonheur precaire: le sort peut tourner du jour au lendemain, la maladie, la solitude, la mort finissent par s'imposer.
Qui préfère être à avoir rencontrera la question de la volonté: il faut vouloir être heureux. Il s'agit d'une volonté paradoxale puisqu'elle suppose l'abandon: il faut beaucoup renoncer, écarter beaucoup de faux biens pour enfin jouir du simple fait d'être. Le renoncement débouche sur la simplicité. Le bonheur et la simplicité fusionnent, emplissant l'existence d'un sentiment de plénitude. Ce type de bonheur est le fruit de notre vouloir. Dans ce cas le bonheur dépend de notre volonté.
Vouloir être est un vouloir direct, un vouloir qui suffit pour atteindre son objet, le bonheur, quand vouloir avoir est un vouloir indirect, qui a besoin d'autre chose que soi pour s'accomplir. L'avoir n'est pas en notre pouvoir, mais l'être l'est. Identifier le bonheur avec l'être plutôt qu'avec l'avoir est moins illusoire et apporte de vraies satisfactions. Ce bonheur s'atteint après un travail de dépouillement.
On peut se trouver malade, pauvre, laid ,handicapé, en prison, à l'article de la mort, et en même temps être véritablement heureux, plus heureux que celui qui, bien portant, riche, en pleine santé, considéré, aurait commis l'erreur de placer son bonheur dans ce qui ne dépend pas de lui, l'avoir et l'apparence.