La veste de velours noir m’avait protégé des premières lassitudes de l’aube. A quelques marches de la rivière ce pays imaginaire gardait toute sa réalité assomptive avec ce messager porteur d’indicibles partages entre le sang divisé et l’inquiétude des hommes.
 
Il m’attendait puisque le socle de la terre s’était imperceptiblement déplacé, poussant l’éternel des eaux vers la fontaine balméenne de mon nom. La route se tenait à l’écart sous la mansuétude des chemins de craie. L’enfance neigée maintenait ses torrents d’argile bleue, sa souplesse de corps, sa ligne d’horizon.
 
Il m’attendait, les allées succédaient aux allées, des pierres qu’on aimait encore vous faisaient signes et l’adieu ne régnait pas comme règnent les civilités hâtives du dehors.
 
Il m’attendait et je me perdais d’un pas lent et décisif, mais il y avait le cœur, l’éclair et l’éternel, les trois océans s’étaient réunis et il devait sourire d’y rencontrer mes dernières terres à conquérir.
 
Sur la branche, tout un monde de silence s’ornait de la rougeur des paroles inaudibles, la pierre gardait ses traces d’exuvie, ma main sentit les mots se détacher de leur blessure, une lumière triste fit le tour de mon poignet, le point-du-jour cédait ; il m’attendait.
Dans les terres.
par Patrick Tafani