AccueilL’intranquillité et l’épreuve du monde dénouent le territoire assomptif de Fernando Pessoa. Les êtres sont comme des ombres dans une forêt d’épervier où passent l’aveugle et le chant orangé du contre- jour. A la surface, l’écorce improvise sa donation, sa porte fardée aux gonds de libration et sous la voûte exilée, le péril vicariant et la provende future. Pessoa, et le nom ferme l’irréel, le masque azuré de la personne avec l’initiale de palinodie des intrigants. Pessoa, les rues sont ton peuple et tu ne vis pas pour la nuit mais avec la nuit ; la nuit trompeuse, funeste et éclairante, deux doigts qui claquent pour le feu et avec son incendie.
Dans la mesure où tu t’installes, les cafés apprivoisent la raideur de ta nuque, la fascination de tes mains, le choix du pli sur la table qui s’apprête à remettre à l’esprit la damnation d’amplitude de Leibniz. Le miroir pacifie ton verre, le met en abîme, et le prodigieux lutte vers des contrées de jeux où les cartes abattent leurs quatre rois.
Mais qui appelle aujourd’hui, guetteur de rive ou de rivage, est-ce le voyageur immobile, est-ce l’homme de l’intranquillité ? La part est incertaine entre imagination plénière et contre imagination, entre chaos prophétique et forme d’engendrement ; le futur est l’apostume du présent. Le temps s’ébruite, se fait plus pressant entre les tempes, le sang gicle en bordure de lac, la contraction est nival ; viennent l’émeute, la crise morale et le dur sourire de l’aliéné. L’aube recrute ses haleurs, le poids des chevaux décroise les cordes, arrime l’ouragan, l’absurde remonte la pensée jusqu’au vertigineux retard de l’acrobate. Les points dans le ciel, à l’arrière cour une saison en fleurs et une tonnelle ; de Campos, Reis, Caceros, Soares, boivent un thé au jasmin. L’amitié avait soudé l’inconnu comme on maintient un nageur dans l’étrave des galions. L’effort de scruter les lisses divisait les flots entre courroux et désarroi ; ils étaient partis de l’évocation des alliances, ils revenaient dos à dos avec effroi en duelliste de l’âme et du corps.
FERNANDO PESSOA Par Patrick Tafani.